Chacun de nous se souvient, comme si c’était hier, du lieu où il se trouvait et de ce qu’il faisait lors de cette matinée du 7 janvier 2015 au cours de laquelle la rédaction de Charlie Hebdo fut frappée en plein coeur, suivie 2 jours plus tard d’un attentat visant la communauté juive à l’Hyper cacher de la porte de Vincennes, non sans qu’aient été assassinés des fonctionnaires de police sur ce parcours macabre.
Nous étions tous Charlie, juifs et policiers, sonnés par cette sinistre séquence de mort ciblant, au nom de l’obscurantisme, des piliers de notre société : la liberté d’expression d’un côté, le droit de vivre librement en harmonie avec sa culture et ses croyances de l’autre. Et puis un souffle s’est levé le 11 janvier, nous avons manifesté derrière les dirigeants du monde entier main dans la main pour dire tous notre refus d’une telle horreur. L’image était forte. Après le choc et le chagrin, ce fut le temps de l’optimisme, mais jamais celui de l’oubli, et nous pensons aujourd’hui à toutes les victimes.
Qu’en reste-t-il 10 ans après ? Nous aimerions tant être positifs, se dire qu’après tout, Charlie Hebdo est toujours debout et que les terroristes ont échoué à nous empêcher de lire une presse libre, que nos concitoyens peuvent tous vivre en paix leur religion, sans craindre d’être tués ou agressés pour leurs dessins, leurs opinions, leurs croyances ou du simple fait de leur naissance. Mais ne nous voilons pas la face. L’obscurantisme et le fondamentalisme religieux ont poursuivi leur oeuvre, tracé leur sillon de manière quasiment imperturbable : au Bataclan bien sûr puis sur la Promenade des anglais quelques mois plus tard pour s’en prendre à la joie d’un rassemblement festif ou républicain ; à Saint-Etienne du Rouvray pour s’attaquer à la communauté catholique ; puis ce fut le tour des enseignants Samuel Paty et Dominique Bernard afin de frapper l’école et ses passeurs, qui sont si essentiels pour éveiller le sens critique des générations futures. Nous en oublions, malheureusement. A chaque fois la terreur n’a pas choisi ses cibles au hasard.
Tous ces actes obéissent à une seule et même logique, celle d’attaquer le coeur de nos droits et libertés, tels qu’ils ont été proclamés par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen en 1789. Or, parmi ces droits, la liberté d’expression avec ses multiples facettes, occupe une place à part. Elle est l’un des droits les plus précieux que nous possédons et la condition même de l’exercice des autres libertés fondamentales. Un citoyen non informé ou mal informé ne peut être que le figurant d’un ersatz de démocratie. Un citoyen privé de son entière liberté de conscience est en état de soumission. Ces libertés et ces valeurs, dont il appartient aux tribunaux et à eux seuls d’en déterminer les abus, sont celles qui nous rassemblent par-delà nos différences, si précieuses elles aussi, car le pluralisme des opinions et des idées est une valeur cardinale de la liberté d’expression.
Partout où cela est nécessaire, nous rappellerons combien nos libertés fondamentales sont fragiles. Elles méritent plus que jamais attention et respect en mémoire de toutes les victimes de ce sinistre mois de janvier 2015. Notre association et les avocats qui la composent entendent y veiller à la place qui est la leur, devant les tribunaux et ailleurs.
Pour le conseil d’administration de l’AAPDP
Christophe Bigot
Président