Jean-Yves Dupeux, notre Président d’honneur, et Florence Bourg, membre de notre conseil d’administration, ont accompagné Jean-François Kahn pendant de longues années, ils nous rappellent le grand journaliste qu’il a été :
La mort de Jean-François Kahn attriste tous ceux qui aiment la liberté d’expression.
Grand journaliste, il l’a été pendant près de 65 ans. À Paris Presse puis au Monde, à L’express, au Nouvel Observateur, aux Nouvelles Littéraires jusqu’à ce qu’il crée de manière originale L’évènement du jeudi par souscription auprès des lecteurs.
Avant cela, JFK, souvent avec son ami Jacques Derogy pratique ce que l’on appellerait aujourd’hui le journalisme d’investigation. Il devance de beaucoup les recherches policières dans l’affaire Ben Barka où il mène l’enquête en rencontrant avant la police les principaux protagonistes de l’enlèvement puis de l’assassinat de l’opposant marocain.
Il renouvelle l’exploit à de nombreuses reprises notamment sur l’assassinat du président Allende ou encore sur des attentats en Algérie où il est le correspondant du Monde et où il n’a pas de doute sur l’issue du conflit.
Avec L’Evénement du jeudi, il crée un journalisme débridé dans lequel il donne pour instruction à ses journalistes de lire la presse et d’écrire le contraire de ce qu’écrivent leurs confrères.
C’est à ce moment-là qu’avec mes amis Didier Skornicki aujourd’hui décédé et Thierry Massis, nous devenons les avocats du journal.
Son ton un peu vif (c’est un euphémisme) lui vaut de nombreuses poursuites en diffamation ou en injure. Je le défends devant presque toutes les juridictions de France et de Navarre mais bien sûr plus souvent devant la 17e chambre du tribunal. Jean-François a le goût du judiciaire. Il me confira un jour qu’il aurait aimé être avocat. Son fils Julien l’est devenu.
Le président Jean-Yves Monfort dont il était l’un des justiciables préférés ma dit un jour : « il n’est jamais là où on l’attend ». Il avait raison tant la personnalité de Jean-François était surprenante et rafraîchissante.
Outre ses grandes qualités de journaliste c’était un homme attachant au grand cœur très cultivé. Il était passionné par la politique dans laquelle il a un temps mis le pied. Je me souviens de sa campagne dans le quart Est de la France où il tenait les meetings avant les élections européennes et où sa culture musicale, littéraire et artistique l’emportait largement sur le discours politique. C’était un régal !
Le journaliste savait aussi se faire écrivain et publiait environ deux livres par an.
Son centrisme révolutionnaire était devenu légendaire. Il a sans doute inspiré pas mal de personnalités politiques.
Cher Jean-François tu nous manques déjà. Tu resteras présent longtemps dans nos mémoires.
Jean-Yves Dupeux
JFK, tristesse
Il aimait me dire « un journal en bonne santé, c’est un journal qui a des procès ».
Il adorait troquer sa plume affûtée contre des diatribes ardentes et passionnées dans l’arène judiciaire. Pourfendeur de la liberté d’expression, il plongeait à corps perdu dans les débats les plus sensibles comme l’Algérie et l’islamisme, dont il avait une connaissance encyclopédique.
Il n’y avait plus grand-chose à plaider après ses interventions brillantes et exaltées qui captivaient les juges.
Je me suis souvent dit qu’il aurait adoré être avocat.
Quel bonheur et quelle fierté d’avoir défendu aux côtés de Jean-Yves cet esprit libre, inépuisable et éclectique qui nourrissait avec la même audace le débat politique, la gastronomie et la chanson française.
Une tempête d’idées, des éclairs de génie, un immense souffle de liberté, Jean-François Kahn nous manquera en ces temps de radicalité et de crispation du débat d’idées.
Bon vent Jean – François
Florence BOURG